Le gouvernement camerounais redoute de nouvelles émeutes de la faim

La réaction du porte-parole du gouvernement traduit une peur au sein de l’establishment.

CAN 2022, tensions de trésoreries, crises politiques autant d’éléments qui préoccupent actuellement Yaoundé. Si officiellement les regards semblent principalement tournés vers les préparatifs et l’organisation de la CAN 2022, une question plus que sensible fait progressivement son chemin au sein de l’establishment : l’augmentation des prix des denrées de première nécessité. Raison pour laquelle le reportage de la chaine de télévision France 24 dans lequel il est évoqué que cette situation pourrait déboucher sur un soulèvement populaire n’a pas été apprécié par Yaoundé.

Ainsi, le gouvernement camerounais par l’entremise de son porte-parole et ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi a tenu à dénoncer « avec la plus grande fermeté ces allégations fantaisistes et dénuées de toute véracité et qui ne traduisent en rien la réalité socio-économique de notre pays à l’heure actuelle ». Et de conclure que le reportage de la télévision française ne constitue qu’autre chose qu’une « tentative d’instrumentalisation de mauvais aloi, orchestrée dans le but de créer une psychose parmi les populations et tenter de provoquer un soulèvement populaire généralisé ».

Le problème c’est que la réaction du gouvernement ne saurait maquiller la réalité sur le terrain. A savoir une forte inflation sur les marchés en cette période de fin d’années et qui pourrait s’accroitre avec la CAN 2022 et l’afflux de touristes étrangers. Ceci dans un contexte pour le principal mouvement patronal du Cameroun a récemment mis en garde le gouvernement camerounais sur la situation précaire des entreprises camerounaises en indiquant qu’elles ont perdu en 2021, 213 milliards Fcfa. Plusieurs grèves des transporteurs ont également été récemment désamorcées.

La réaction du ministre Sadi n’a donc rien d’un fait anodin. Il traduit en réalité un malaise profond au sein de l’establishment et une crainte au vu des facteurs qui se conjuguent et s’entremêlent. Un contexte qui rappelle les soulèvements populaires de mars 2008 dans le cadre de ce qui est connu comme les « émeutes de la faim » et qui avaient été sauvagement réprimées par le gouvernement de Yaoundé. Les ONG ont dénoncé près de 150 morts. Jusqu’à ce jour, aucune lumière n’a été faite sur ces massacres ordonnés par Paul Biya dans un contexte politique tendu où il s’apprêtait à faire modifier l’article de la constitution sur la limitation des mandats présidentiels et obtenir une présidence à vie à la tête de l’Etat du Cameroun.

 

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