Le complot du casse de 235 milliards Fcfa au sommet de l’Etat

L’affaire au cœur du déclenchement de l’enquête judiciaire contre le directeur du PAD. 

Pour comprendre cette affaire, il faudra avoir en tête quatre acteurs : le secrétaire général de la présidence de la République, Ferdinand Ngoh Ngoh ; le directeur général du Port Autonome de Douala, Cyrus Ngoh ; Le ministre des Domaines, du cadastre et des Affaires Foncières, Henry Eyebe Ayissi ; Lazare Atou et le ministre de la Justice, Laurent Esso. Un scandale qui mêle guerre de succession, corruption, détournement de deniers publics, blanchiment d’argent et jeux mafieux au sommet de l’Etat.

Tout commence le 19 mars 1999 quand Paul Biya signe un décret portant dissolution de la Régie Nationale des Chemins de Fer du Cameroun, en abrégé « REGIFERCAM », créée par arrêté du 17 juillet 1947. Une répartition des biens de l’Ex- REGIFERCAM est établit entre la CAMRAIL et la liquidation. La CAMRAIL gère désormais les lignes de chemin de fer du Cameroun. La liquidation de la REGIFERCAM est chargée, quant à elle et conformément à la législation et à la réglementation en vigueur, de la réalisation de l’actif et de l’apurement du passif. Il se passe que dans l’inventaire des biens de l’ex-REGIFERCAM, se trouvent des maisons, mais pas les titres fonciers. Or les maisons se trouvent sur des terrains. Problème : La REGIFERCAM n’avait pas immatriculé ses terrains sur l’étendue du territoire national, notamment à Douala.

235 Milliards Fcfa

La liquidation est clôturée le 23 janvier 2006. Mais il y a plusieurs problèmes : Le bilan de clôture non établis, les passifs non réglés, la dévolution des biens n’est pas faite. Polycarpe Abah Abah alors ministre des Finances recrute le cabinet Atou pour sécuriser des biens publics qui appartiennent déjà à des privés. C’est une mission clandestine en réalité. Paul Biya n’est pas informé qu’un patrimoine existe. Car, si les liquidateurs de L’ONCPB (Commission ADHOC de Jean Jacques Ndoudoumou ; ONPC (Bowen Noah – Me Menye) ; REGIFERCAM (Benoit Atangana Onana) avaient listé les biens, le ministre des Finances avait omis dans son rapport de le signaler à la présidence de la République. Dans l’esprit de Polycarpe Abah Abah qui lui-même ne maîtrise pas l’étendue des biens, le travail de Atou consiste à régulariser des biens de l’Etat qui ont été privatisés. Une tâche qui devait être simple. Le patrimoine déclaré par les liquidateurs était de 65 milliards. Mais Atou réussit à reconstituer un patrimoine aujourd’hui évalué à 285 milliards. Un gros pactole.

Dès 2006, lorsqu’il entre en scène, Lazare Atou réussit à titrer les terrains des trois liquidations sur l’étendue du territoire nationale et à l’étranger. Concernant spécifiquement la cité des chemins de fers « Camp Lido » sis au quartier Bonadibong à Douala, d’une superficie de 5 hectares, le cabinet Attou réussit le 26 août 2006 à établir au nom de l’ex-REGIFERCAM le titre foncier numéro : 35887/W. Cependant, alors que la titrisation et l’inventaire du patrimoine de l’Etat est en cours, le ministre des Domaines et des Affaires foncières, Anong Adibime, fait établir le 5 mars 2009 au nom de l’Etat du Cameroun un nouveau titre foncier numéro : 39959/W qui annule le titre foncier 35887/W du cabinet Atou. S’en suit le début de la vente du patrimoine de l’Ex-REGIFERCAM.

Terrain gré à gré

Anong Adibime est chassé du gouvernement et remplacé par Jean Baptiste Beleoken, un proche de Paul Biya. Mis au courant des magouilles du prédécesseur de Beleoken, Paul Biya fait annuler tous les actes de vente signés par Anon Adibime le 8 juin 2010 avec toutes les conséquences que cela implique. Mais contre toute attente, Henry Eyebe Ayissi qui est ministre des Domaines, du Cadastre et des Affaires foncières, va réhabiliter le 26 décembre 2018 le faux titre foncier annulé par Paul Biya en 2010. La conséquence de cet acte grave est simple : Ceux qui avaient acquis illégalement les biens de l’Etat en 2009 sont réhabilités.

Mais Eyebe Ayissi va plus loin. Il procède lui-même à la vente de plusieurs terrains. A titre d’exemple : Plusieurs parcelles sont vendues le 8 octobre 2019 à Njoh Roland Fokwen ;Le même jour à Mbeumo André ; Ayoung A Boyaram ; Dohmatob Daniel Logba ; Ousmanou Ballo ; Le 13 décembre 2019 à Maurice Aurelien Sosso.

Devant cette situation rocambolesque, Attou va saisir simultanément le Premier ministre et la présidence de la République pour dénoncer un banditisme d’Etat orchestré par Henry Eyebe Ayissi qui viole les décisions prises par Paul Biya en toute impunité. Nous sommes le 7 janvier 2020. Dion Ngute demande illico presto à son secrétaire général, Seraphin Magloire Fouda, de demander des comptes à Eyebe Ayissi. Mais il n’est pas convaincu par ses explications. C’est ainsi que le 19 mai 2020, sur instruction du Premier ministre Dion Ngute, Seraphin Magloire Fouda, sur un ton ferme s’adresse en ces termes à Eyebe Ayissi : « le chef du gouvernement vous demande de surseoir à toute transaction concernant les terrains constituant les actifs résiduels des ex-sociétés d’Etat ONCPB, ONPC et REGIFERCAM dont les liquidations ne sont toujours pas achevées à ce jour ». Il y a plus grave, le Premier ministre somme Eyebe Ayissi de « procéder à la réhabilitation du titre foncier 35887/W ». C’est-à-dire le titre foncier obtenu en 2006. Il doit par la suite annuler toutes les ventes effectuées.

Dion Ngute

Le même jour, Seraphin Magloire Fouda adresse une correspondance au ministre de l’administration territoriale, Paul Atanga Nji dans laquelle il répercute les « hautes directives » du premier ministre demandant à Paul Atanga Nji de bien vouloir « instruire toutes les autorités administratives des localités abritant les actifs résiduels des ex – sociétés d’Etat ONCPB, ONPC et REGIFERCAM de surseoir à toutes transactions de gré à gré sur les terrains concernés ».

Dès mai 2020, le Premier ministre Dion Ngute est très en colère, il saisit d’ailleurs la présidence la République pour s’indigner des actes mafieux en cours au sein du gouvernement. Eyebe Ayissi est dos au mur, car il a déjà perçu l’argent des ventes illégales des biens de l’Etat. C’est à ce moment qu’il fait entrer son réseau pour conserver la main basse sur le patrimoine de la République. A savoir le clan des Ngoh : Ferdinand Ngoh Ngoh, le secrétaire général de la présidence de la République alias l’homme à la punk et le sicilien Cyrus Ngo’o, directeur général du Port Autonome de Douala. S’engage donc une bataille à mort au sommet de l’Etat.

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