Exclusif Politude…L’ambassadeur de France, désormais personna non grata à Yaoundé

Christophe Guilhou
Christophe Guilhou

Christophe Guilhou veut rester mais ni le pouvoir et encore moins l’opposition ne veulent de lui. 

C’est une situation à la limite de l’inédit dans les relations entre Paris et Yaoundé. L’actuel ambassadeur de France à Yaoundé n’est plus dans les bonnes grâce du chef de l’Etat camerounais, Paul Biya. Ce dernier est d’ailleurs impatient de son départ. Christophe Guilhou a atteindra dans huit mois la limite du séjour des diplomates français qui est de trois. Mais, il veut rester et aurait selon certaines sources demandé une prolongation au Quai d’Orsay. Ce qui n’est pas du goût lion d’Etoudi qui « ne le supporte pas » confie une source habituée des couloirs du Palais.

Le mépris affiché par Paul Biya à l’égard de Christophe Guilhou se traduit principalement par l’absence de consultations régulières entre les deux. Ce qui est pourtant une tradition dans les relations diplomatiques entre les deux pays. La dernière audience accordée par Paul Biya au diplomate français remonte à plus de trois mois. Signe des temps, les notes de Paris à l’attention du chef de l’Etat Camerounais passent souvent par le secrétariat général et ne sont plus systématiquement transmises en mains propres.

L’attitude du chef de l’Etat Camerounais à l’égard du diplomate français a été renforcé par la découverte des liens de proximité que Christophe Guilhou entretient avec le secrétaire général de la présidence de la République, Ferdinand Ngo’o Ngo’o. Les deux ont d’ailleurs été vus en compagnie dans un restaurant chic de la capitale politique : « Le Famous ». Mais aussi, Paul Biya juge le nouvel ambassadeur « peu discret » comparé à ses prédécesseurs tel que Gilles Thibault avec lequel Paul Biya pouvait passer des heures à discuter ou Christine Robichon dont il appréciait le « charisme et la fermeté ». Souvenons-nous que pour ses adieux, Paul Biya a passé trois heures en compagnie de Gilles Thibault qu’il recevait quasiment tous les mois. Exception faite lorsqu’il était en voyage en Suisse ou au village. C’est tout dire.

Mais, au sein du sérail, ce n’est pas seulement Paul Biya qui n’apprécie pas Christophe Guilhou. Le premier ministre, Dion Ngute ne lui accorde pas beaucoup d’attention. Le jugeant « très léger ». Certains membres du gouvernement sont également impatients de son départ. « Ne les a-t-il pas refusé les VISA alors qu’ils ne présentent aucun risque de fuite » confie un responsable de l’ambassade de France à Yaoundé. Yaoundé est donc très remonté. Que dire des diplomates occidentaux qui le trouvent « mou » et « inefficace, vu les liens historiques entre les deux pays », souligne un diplomate étranger en poste à Yaoundé.

Côté opposition, un départ de Christophe Guilhou ne leur ferait pas beaucoup de mal. Si ses prédécesseurs étaient connus pour leur engagement aux côtés de la société civile et pour les droits de l’homme, Guilhou est plus porté vers les activités culturelles. Une posture qui agace y compris les milieux d’affaires français qui priviligient aujourd’hui des réseaux parallèles au sein du sérail pour faire avancer leurs dossiers au détriment de l’ambassade de France. Son prédécesseur Gilles Thibault bien que pas très proche du leader de l’opposition Maurice Kamto, s’est opposé dès le déclenchement de la crise post-électorale à son arrestation. Il a été surpris par l’arrestation le 29 janvier 2019 du leader du MRC. Par la suite, dénonçant régulièrement « la sauvagerie de Paul Atanga Nji » qu’il refusait de prendre au téléphone, il avait par écrit clairement indiqué à la présidence de la République que l’interdiction envisagée du MRC en 2019 était « une mauvaise idée ».

Si officiellement Christophe Guilhou peut affirmer d’avoir à son actif la libération de certains prisonniers anglophones et des prisonniers politiques du MRC arrêtés en 2019 au moment du « grand dialogue national », il n’en demeure pas moins que l’Elysée et le Quai d’Orsay étaient à la manœuvre bien avant son arrivée.

 C’est aujourd’hui un secret de polichinelle que les rapports entre Christophe Guilhou et le leader de l’opposition politique, Maurice Kamto sont très loin d’être amicaux. Comme dans une cour d’enfants de la maternelle, Christophe Guilhou a reproché à Maurice Kamto de n’avoir pas pris sa défense suite aux critiques de sa visite en avril 2020 au Palais d’Etoudi. Les rapports se sont tellement détériorés que Maurice Kamto a clairement critiqué auprès du ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, le comportement de leur ambassadeur à Yaoundé, tout en envisageant l’hypothèse de son remplacement. La correspondance de Maurice Kamto au Quai d’Orsay avait été renvoyé par Paris à l’ambassade de France à Yaoundé pour : explications. Une situation qui avait contribué à mettre de l’huile sur le feu. Au point où la décrispation semble n’avoir pas eu lieu.

Une chose est  dès lors au moins certaine : pour la première fois depuis au moins trois ans, Paul Biya et Maurice Kamto peuvent retrouver un point de convergence : le remplacement de l’actuel ambassadeur de France à Yaoundé : Christophe Guilhou qui ne les gênerait pas.

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