Chronique – Conjurer le court –terminisme et la politique des petits pas dans l’opposition camerounaise.

Notre chroniqueur Amedee Dimitri Touko  revient sur la culture gérontocratique dans les représentations du jeu politique au Cameroun. 

Je commencerai ce propos par une anecdote. 

En 1999 se tenait au Palais des Congrès de Yaoundé, un congrès électif du SDF. Au fil des opérations électorales, il est apparu qu’une coalition vraisemblablement organisée par la hiérarchie de ce parti, était mise en place pour barrer la voie à tous les candidats Bamiléké qui se présentaient au suffrage des délégués-électeurs venus des 10 provinces du Cameroun. Alors que le tiers des postes était déjà pourvu, aucun ressortissant de l’Ouest n’avait pu se faire élire. En réalité, Fru Ndi, par ce stratagème voulait se prémunir d’un contrôle par ces derniers des leviers importants du parti. Mais son dispositif de « régulation » a dérapé… 

C’est alors que le Président Provincial SDF de l’Ouest, le Maire de Dschang, Etienne Sonkin, face à ce qui apparaissait comme une grossière expression de tribalisme et d’exclusion, fit irruption sur le podium et annonça le retrait de l’Ouest des travaux. Un déconcertante panique s’empara du Congrès présidé par Nyo Wakaï, le « Brain master » de John Fru Ndi. Ce dernier, prévenu de l’incident, ordonna la suspension des opérations électorales et demanda que l’Ouest ici entendue comme les Bamiléké, lui envoie une délégation pour discuter de la suite du scrutin. Furent donc désignés : le Maire de Dschang, Etienne Sonkin, Le Député Patrice Kadji(le fils de son père), Le Député Maurice Tadonkeng et moi-même. Nous retrouvâmes le Président du SDF et son conseiller spécial sus cité, dans un des salons du Palais des Congrès. Le premier propos qui fut le sien est le suivant : « Monsieur Sonkin, c’est donc ça les représentants des Bamiléké ? Donc si nous arrivons au pouvoir et qu’à l’occasion je vous demande de me proposer des noms de ministres, vous me présenterez des enfants comme celui-ci (me désignant) » ? Fermement Etienne Sonkin lui répondit oui. Je renchérissais en lui indiquant qu’à mon âge (j’entrais dans la trentaine), Le Président Ahmadou Ahidjo était déjà aux affaires et qu’à 36 ans en 1960, il était déjà Président de la République. Il me rétorqua : « all right » ! Et nous commençâmes les tractations politiques…

Ce récit renseigne sur cette culture gérontocratique qui gangrène le monde politique camerounais du pouvoir et de l’opposition. 

S’émanciper des conjectures de l’âge et donc de la fin de vie est un défi permanent pour tout acteur politique. En effet, notre état physique, notre espérance-vie, sont des facteurs qui peuvent déterminer nos orientations politiques. Fru Ndi, dans le récit qui précède, indique clairement que pour lui, être jeune c’est soit être incompétent ou inexpérimenté, soit devoir attendre son tour car seuls les vieux ont voix au chapitre en politique. Aussi vrai qu’il était interdit aux enfants de manger de bons aliments, d’aucuns au Cameroun pensent qu’il est interdit aux jeunes gens d’être des acteurs politiques majeurs.

Pourtant, le jeune ne voit pas forcément le monde comme le moins jeune, il ne s’y réalise pas toujours de la même façon. Si l’entreprenariat politique jeune peut se donner des horizons de plusieurs décennies, la démarche politique du moins jeune peut être orientée par les contingences de sa biologie. Concrètement, à 70 ans, si je veux être maire, député, sénateur…, ceci doit être envisagé et réalisé dans les 5 années suivantes, autrement il risque d’être trop tard. Si donc mon engagement politique dépend de mes ambitions personnelles, les choix qui seront les miens ne sont pas forcément ceux de celui qui a le temps de ses rêves, le jeune.

Cette gérontocratie opposante, confrontée à l’âpreté du combat, a souvent été encline à ne penser le changement que par rapport à la situation personnelle des hommes en situation de décider et d’agir dans l’opposition. La Politique pour cette opposition-là, peut se réduire à des strapontins politiques de Maire, Parlementaire… ou simplement à obtenir la clé d’accès au grand corridor de la corruption, aux ors du pouvoir et ainsi apporter sa caution à la dictature du Gérontocrate en chef Paul Biya. 

Telle a été jusqu’ici l’approche de « l’opposition dite historique » dont les choix ont provoqué l’éloignement de la jeunesse et du Peuple Camerounais tout entier de la Politique.

En somme, le monde Politique doit être une alchimie savante des deux âges. Celui du rêve, de la force, et celui de l’expérience, de l’action.  Puissent les démarches de jeunes comme Mamadou Mota, Olivier Bibou Nissack , Cabral Libi et d’autres aider à construire cet équilibre ?

Amédée Dimitri TOUKO TOM

 

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