Paul Biya ne cèdera rien face à Maurice Kamto

L’homme vit essentiellement pour mourir au pouvoir.

Ce que beaucoup de camerounais n’ont pas compris ou font semblant de ne pas comprendre c’est que Paul Biya n’a jamais envisagé de quitter le pouvoir. Tant qu’il est en vie, sa seule et unique ambition restera de conserver au maximum le pouvoir quel que soit les dégâts qu’il est capable de produire à l’échelle nationale. Il se joue en réalité des rivalités entre ses collaborateurs pour régulièrement apparaître comme le moins mauvais. Certains de ses adversaires politiques croient qu’en répétant à longueur de journée qu’il est mort affecte son ambition ou l’empêche d’avancer ses cartes. Faux. Il pourra laisser ses collaborateurs détruire le Cameroun au maximum pourvu seulement que ces derniers soient prêts à l’accompagner jusqu’à sa tombe. C’est en réalité la philosophie de gouvernance de tous les dictateurs.

Faisons un retour dans le passé. Aux lendemains de sa réélection en 2004, il commence à préparer sa candidature pour 2011. Car cet homme définit essentiellement la gouvernance comme l’art de pouvoir conserver au maximum le pouvoir. D’ailleurs en juillet 2015, au cours d’une visite du président français, François Hollande au Cameroun, Paul Biya ne rappelait-il pas opportunément : « Ne dure pas au pouvoir qui veut, mais qui peut !». En 2006, Laurent Esso remplace Atangana Mebara au secrétariat général de la présidence de la République. Il s’agit d’un fidèle parmi les fidèles. C’est un poste qu’il a par le passé occupé pendant 10 mois entre 1988 et 1989. Amadou Ali est envoyé au ministère de la Justice. C’est lui qui va lancer l’Opération Epervier qui va permettre de mettre aux arrêts Atangana Mebara dès 2008, puis Marafa Hamidou Yaya en 2012 dans le cadre du scandale de l’avion présidentiel. Ces deux personnalités qui étaient connues de ne pas cacher leurs ambitions de pouvoir remplacer Paul Biya à la tête de l’Etat en 2011.

Dans le même temps, dès 2006, soit seulement deux ans après sa réélection, des appels commencent à fleurir des quatre coins du Cameroun pour demander à Paul Biya de se représenter en 2011. Pour ce faire, il doit modifier la constitution de 1996 qui limitait à deux le nombre de mandats présidentiels. De passage à Paris en octobre 2007, Paul Biya est l’invité du journaliste Ulysse Gosset dans le cadre de l’émission « le Talk de Paris » sur la chaine France 24. A la question de savoir s’il peut ne pas se représenter et transmettre le pouvoir, il reste vague. Pour lui : « Le moment venu, il y aura des candidats » souligne t’il avant d’ajouter : «  je crois que l’idée de préparer quelqu’un, cela relève de méthodes proches de la monarchie ou de l’oligarchie. Les Camerounais sont assez mûrs, ils pourront choisir ». Sur insistance du journaliste, il dira ceci : « il y a aussi des gens qui disent que pour assurer la continuité il faut que le président se représente. Je laisse le débat se dérouler mais pour le moment, la constitution ne me permet pas un troisième mandat et je sais aussi que les constitutions ne sont pas faites ne varietur (afin qu’il n’en soit rien changé), le peuple lui-même détermine ce qui est bon pour lui, alors nous sommes à l’écoute ».

Etre « à l’écoute », telle était la phrase clé de cet entretien. Dès les lendemains de ce passage sur les antennes de la télévision française, ce sont des dizaines de motions de soutien dits « appels du peuple », rédigées par des élites qui sont rendues publics et publiées dans le quotidien gouvernemental Cameroon Tribune. La bonne nouvelle pour ses partisans tombe le 31 décembre 2007. Au cours de son allocution de fin d’année, Paul Biya estime que l’article 6.2 de la constitution, qui limite les mandats présidentiels à deux, constitue une limitation à la volonté populaire qui s’accorde mal avec l’idée même du choix démocratique. Aussi affirme-t-il : « Nous allons donc, dans cet esprit, réexaminer les dispositions de notre Constitution qui mériteraient d’être harmonisées avec les avancées récentes de notre système démocratique afin de répondre aux attentes de la grande majorité de notre population ». En avril 2008, la constitution sera modifiée, le verrou à la limitation des mandats présidentiels levé. Ce qui ouvrait dès lors la voix à Paul Biya pour une présidence ad vitam aeternam. Au passage, près de 150 personnes perdent la vie au cours des manifestations dont l’enjeu était également de s’opposer à cette modification constitutionnelle.

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