Procès de Célestin Monga et Pius Njawè : Quand la GMI enfermait Ben Decca en cellule

Arol Ketchiemen
Arol Ketchiemen

Le chanteur emblématique dénonçait à cette époque le tribalisme et le multipartisme qu’il appelait ethnipartisme. 

Ben Decca de son vrai nom Victor Mouangue Eyoum est né le 10 octobre 1954 à Douala dans la région littorale du Cameroun. Il est un chanteur de charme au style unique. Au début des années 1990 (années de braise au Cameroun), l’artiste Ben Decca se rend au tribunal pour assister au procès de Célestin Monga et Pius Njawè (lettre ouverte de Célestin MONGA au président de la République).

 En effet, en janvier 1991, à la suite d’une lettre ouverte de Célestin Monga au chef de l’Etat camerounais intitulée « la démocratie truquée », parue dans Le Messager N° 209 du 27 décembre 1990, Pius Njawé est condamné le 18 janvier 1991, avec Célestin Monga, à six mois d’emprisonnement avec sursis pendant trois ans, et à 300 000 Fcfa d’amende chacun pour « outrage au président de la République ».

L’artiste Lapiro de Mbanga fait partie du comité de Libération de Pius Njawé et Célestin Monga. A coup de tracts, le comité se mobilise pour la libération de ces derniers. Après la libération de Monga et Njawé, l’opposition camerounaise lance une grève générale appelée opération « villes mortes ».  L’idée des « villes mortes » est née du refus gouvernemental de convoquer une conférence nationale réclamée par l’opposition.

Venu au tribunal pour suivre le procès Célestin Monga/Pius Njawè, Ben Decca est arrêté, conduit à la GMI, frappé et enfermé en cellule. La police le suspecte d’être proche des opposants. Ben Decca est déshabillé, humilié avant d’être enfermé en cellule aux côtés des plus grands malfrats. Ils étaient détenus dans des conditions inhumaines avec juste un petit seau pour faire leurs besoins (selles, urines). Les odeurs qui émanaient de cette décomposition d’excréments étaient tellement nauséabondes et l’ammoniac s’y dégageait. Ben Decca a eu la santé sauve grâce à ses codétenus qui l’ont reconnu ; ceux-ci lui disaient en pidjin : « no fear père, we dé (n’aie pas peur père nous sommes là).

Ayant constaté que Ben Decca était particulièrement atteint par ces émanations, ses codétenus décidèrent de le porter afin de mettre son nez près de la toute petite fenêtre de la cellule pour permettre à Ben Decca de respirer de l’air pur.

A Deido, il y aura une grande manifestation avec des rues barricadées pour exiger la libération de Ben Decca. Face à l’ampleur des manifestations, le gouverneur Luc Loé va intervenir pour exiger la libération immédiate de Ben Decca. Juste après cet événement, Ben Decca sort l’album « Espoir » qui contient le titre « GMI (Gros moyen d’intimidation) » pour protester contre ces arrestations arbitraires. Il dénonce notamment les policiers qui fouettent les étudiants, les font rouler dans la boue en leur faisant répéter : « Ton CEPE dépasse mon BAC ».

Dans ce même album, il y avait aussi le titre « tribalisme Attention Danger ». Il dénonce l’ampleur du tribalisme dans la société camerounaise. Il note par exemple que le multipartisme est devenu l’ethnipartisme. En effet, les gens intègrent les partis politiques sur la base de la fibre tribale et non sur la base des idées.

Comme quoi Ben Decca avait déjà identifié les maux qui minent le Cameroun. Cette chanson demeure d’actualité aujourd’hui au Cameroun. Dans cet album, figure aussi le titre « méfie-toi » qui appelle le peuple à éviter la « politique du ventre » et de se méfier démagogue. L’album GMI a été interdit, cet album n’est jamais passé à la TV et à la radio.

Pour la petite histoire, cet album a été financé par un certain Hervé Emmanuel Nkom, aujourd’hui fervent soutien du régime RDPC (12 millions en billets d’ordre). Notons aussi que Ben Decca a été profondément marqué dans sa chair par les villes mortes. Son cousin est froidement abattu par la police à l’occasion des manifestations liées aux villes mortes. Celui-ci est pratiquement mort entre les mains de Ben Decca à l’hôpital Laquintinie.

 Arol KETCHIEMEN

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