Exclusivité politude…Les Mousgoum dans un memorandum accusent les Arabes Choas d’avoir déclenché les hostilités

Refugiés Arabes Choas
Refugiés Arabes Choas

Ils demandent qu’un accord écrit soit scellé et placé sous la supervision des autorités. 

         Monsieur le Gouverneur, recevez nos salutations. Elles vont aussi à l’endroit de toutes les personnalités qui vous accompagnent. Transmettez-les également au président Paul Biya. Nous ne vous écrivons pas de gaieté de cœur. Au moment où nous vous écrivons, nous sommes des hommes désolés. *Nous vous prions également de bien vouloir transmettre nos déférentes salutations au Chef l’Etat, SE Paul Biya.  C’est avec chagrin que nous prennons pour exprimer le sentiment qui anime le Peuple Musgum, au lendemain des affrontements dramatiques au cours desquels plusieurs camerounais ont perdu leurs vies et leurs biens.*

       C’est vrai, nous sommes mousgoum ! Nous sommes par la force du destin et de l’histoire des Camerounais. Nous sommes très fiers de l’être. Nous sommes davantage très fiers d’avoir pour compatriotes, les Arabe-choas, les kotokos… Nous voudrions demander pardon au peuple camerounais parce que nous sommes entrés en guerre contre nos compatriotes et frères arabe-choas. Nous en sommes désolés même si nous n’avons que fait nous défendre légitimement. Nous voudrions que les Camerounais nous aident à vivre avec nos compatriotes et frères arabe-choa dans la paix, la concorde et l’amour. Nous les aimons.

         Monsieur le Gouverneur, les Mousgoum n’ont pas re-commencé la guerre. Le dimanche 05 décembre, alors que nous vaquions à nos activités (certains à la pêche et d’autres au marché hebdomadaire), les Arabe-choas nous ont attaqués. C’était la débandade totale. Certaines personnes ont couru pour traverser le fleuve ; elles ont été abattues avec des armes à feu. Des enfants et des personnes âgées ont été tués. Des maisons brûlées. Les Arabe-choa sont partis. Le lendemain (le 06 décembre 2021), ils sont revenus.  Comme nous étions en danger, nous avions décidé de nous défendre légitimement. * Ces nouveaux affrontements sont la conséquence immédiate de la violation de l’accord de pacification, obtenu à l’issue des assises du 16 ou 17 août 2017. Dans la journée du 05 décembre, pendant les Musgum vaquaient paisiblement a leurs activités quotidiennes, ils ont été surpris par les hostilités d’une rare intensité, déclenchées par une horde d’hommes armées brûlant tout sur leur passage. Pourchassés et face à ce qui s’apparentait alors comme un acte de génocide prémédité, les Musgum ont organisé dans un instinct de survie, la riposte qui les à conduit jusqu’à la ville de Kousseri, avec tous les malheureux dégâts que l’on sait.

        Monsieur le Gouverneur, nous avons des doléances. Avant toute chose, nous voudrions que vous libériez nos frères arrêtés par les forces de l’ordre et de sécurité. C’est une condition importante pour une communication franche.

        Nous voudrions un accord signé. Que nous disions de façon claire les sanctions en cas de violation de cet accord. Lors de la rencontre précédente, nous nous sommes engagés à maintenir la paix. Nous avions juré de ne plus retomber dans la violence. Mais malheureusement, il a été rompu par les Arabe-Choa. Maintenant, nous voulons un accord suivi des sanctions à encourir en cas de violation de celui-ci.

        Nous voudrions que l’Etat ait un regard attentif sur les armes à feu. Nous, nous sommes des citoyens ordinaires. Par la force des événements, nous pouvons peut-être nous défendre avec des flèches ou des armes blanches. Mais si nous en arrivons à des armes à feu, il faut beaucoup s’inquiéter. Il faut s’interroger sur l’origine de ces armes, sur leurs détenteurs. Si nous ne le faisons pas, la conséquence pourrait être la course aux armes. Chose que nous ne souhaitons pas, Monsieur le gouverneur !

         Nous devrions sécuriser nos frontières. Elles sont poreuses, à la fois des côtés du Tchad et du Nigéria. Nous voudrions dire à l’Etat que ses enfants ont besoin de lui. Ils voudraient que les frontières soient véritablement sécurisées pour éviter l’entrée des armes à feu.

        Nous voudrions que vous installiez des bases militaires dans des secteurs comme Kawadji (par exemple) pour pouvoir sécuriser le bassin. Si l’Etat ne le fait pas, nous ne pourrons pas exercer nos différentes activités dans un climat de sécurité et de paix.

        Monsieur le gouverneur, nous les mousgoum, nous sommes des pêcheurs et agriculteurs. Les Arabe-choa, eux, sont des éleveurs. Nos activités sont complémentaires et nourrissent des Camerounais. Pour qu’il y ait une entente pérenne, il faut que les ministères en charge de ces différents secteurs d’activités nous encadrent et trouvent des couloirs de passage aux bœufs. 

        Nous voudrions que vous nous éduquiez. Que vous nous disiez qu’en cas de problème, nous allions nous plaindre chez les autorités, les chefs traditionnels. Nous voudrions que ceux-ci soient justes, impartiaux, attentifs. Car nous les mousgoum, lorsque vous ne nous donnez pas la justice, vous nous frustrez davantage.

        Monsieur le Gouverneur, nous vous prions de penser à l’insuffisance des ressources face à la croissance démographique. Portez notre voix au président Paul Biya. Dites-lui qu’une grande nation n’oublie pas ses enfants. Dites-lui que c’est la voix des petites gens qui n’ont pas de grande voix. Nous vous saurons gré.

        Alors que nous sommes une composante importante de notre pays, nous sommes frustrés, marginalisés. Nous nous en voudrons de ne pas vous le dire. Quand on s’attaque à nous, alors que nous sommes patients, nous sommes davantage frustrés. Et puisque nous n’avons ni soutien ni justice, nous nous retrouvons dans l’obligation de réagir, de nous défendre. Nous nous défendons parce que nous avons l’impression que l’Etat est absent et la justice n’existe que très peu.  Pensez-y, Monsieur le Gouverneur !

        Nous savons que vous pouvez avec un peu de sincérité. Nous vous exprimons nos respects des plus profonds

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*